George R.R.Martin – Les Rois des sables

Couverture du recueil de nouvelles Les Rois des sables de George R.R.MartinEvaluation 7/10 pour Le Bouquin de Firmin
Dans les années 70, George R.R.Martin a la trentaine et commence à obtenir une petite reconnaissance dans le milieu de la littérature de science-fiction avec ses nouvelles « Chanson pour Lya » ou « Les Rois des sables » . Un succès relatif qui lui permet tout de même de vivre de ce métier et d’obtenir des commandes de scénario pour la télévision. En 2007 et suite au carton de sa saga « Le Trône de fer » , une partie des premières nouvelles de George R.R.Martin est rééditée sous la forme d’un recueil de 7 récits intitulé « Les Rois des sables » , du nom de sa nouvelle la plus emblématique. Cette dernière a d’ailleurs été adaptée à la télévision sous forme de deux épisodes de la série Au-delà du réel : L’aventure continue.

Qui dit « nouvelle » dit « récit court », bien loin de l’univers ultra-détaillé en 7 volumes de plus de 1000 pages du Trône de Fer. Qui dit « science-fiction » dit « rien à voir avec la fantasy, la magie ou l’époque moyenâgeuse de sa saga emblématique ». Bref, si, évidemment, le grand public se penche sur ces nouvelles après avoir lu (ou vu) Game Of Thrones, il ne faut pas s’attendre à y retrouver une quelconque trace de cet univers. Alors, que vaut George R.R.Martin en écrivain de science-fiction ?

Eh bien ça se passe plutôt bien ! Dès la première nouvelle, Par la croix et le dragon, on est surpris de se retrouver dans la tête d’un religieux, un inquisiteur qui défend la cause de Jésus Christ, notre seigneur, contre l’hérétique Judas Iscariote. Pendant quelques minutes, on se demande où est la science-fiction dans ce récit, jusqu’à ce qu’une description de l’Archevèque commandeur (avec ses 4 bras et ses 200ans) ainsi que de la « véritable » histoire de Judas (et ses dragons vengeurs) nous rassure pleinement. Quelques pages plus loin se finit déjà la nouvelle, qui aura eu le temps de nous immerger dans un monde complexe rempli de voyages spatiaux et de créatures sur-douées aux pouvoirs psioniques. Mais plutôt que de nous perdre, George R.R.Martin nous tient par le message assez simple qui sous-tend la nouvelle : la Foi, la religion et le mensonge qui en découle.

Vient ensuite Aprevères, dans un monde déjà plus familier à l’univers du Trône de Fer, ses grandes forêts enneigées et son époque moyenâgeuse. Shawn en est le personnage principal, la mort rôde… Mais, à l’instar du monde de Thorgal, l’enfant des étoiles, la science-fiction nous rattrape rapidement : un vaisseau spatial gît au milieu des étendues gelées. Son occupant entraîne Shawn dans des mondes insoupçonnés et l’envoûte par sa technologie et son expérience. Aprevères est une très jolie histoire sur le temps qui passe, la solitude et la « magie ».

Avec Dans la maison du ver, on entre directement dans le plat de résistance de ce recueil. Le début du récit, avec ce soleil mourant, ce fanatisme peu ragoûtant autour d’un Ver Blanc et cette société enfermée, ignorante de son passé et de son avenir, n’est pas sans rappeler l’ambiance du dernier Mad Max. Mais rapidement, le récit se concentre sur un personnage, Annelyn, un anti-héros prétentieux peu attirant qui s’enfonce dans les profondeurs de la terre. L’histoire peut alors prendre toute son ampleur dramatique. On a peur, on s’interroge, on découvre, on se blesse, on n’y voit plus rien, on n’y comprend plus rien, tout comme le héros. On se rend compte que cet étrange endroit a un passé complexe et que les perspectives de cette histoire sont assez énormes… qu’importe, le format « nouvelle » nous laissera sur notre faim, on le sait et on profite donc de l’observation de cet Annelyn et de cette expérience qui va lui changer la vie.

Le soufflé retombe par après avec Vifs-Amis, une nouvelle qui présente une histoire d’amour impossible à laquelle on a un peu de mal à accrocher, puisque les protagonistes eux-même n’y croient déjà plus beaucoup… Je noterai quand même que la présence d’un ange (dont vous découvrirez les fonctions à la lecture) tout le long du récit est une bonne trouvaille, le troisième larron étonnant dans cette idylle mourante.

La nouvelle La Cité de pierre était quant à elle plutôt prometteuse. Elle se situe dans un univers assez classique de la science-fiction avec ses milliers de mondes peuplés d’extra-terrestres plus surprenants les uns que les autres. A l’instar d’un monde asimovien, la Terre n’est plus qu’un mythe et le héros du récit ne veut qu’une chose : aller au-delà des limites connues. L’ambition de cette nouvelle était peut-être trop grande : la solution finale ressemble plutôt à une pirouette du genre « et soudain, la sonnerie du réveil retentit » qu’à une conclusion valable de cette aventure.

Concernant La Dame des étoiles, je retiendrai surtout le thème principal évoqué sans pudeur (la prostitution) ainsi que le vocabulaire inventé pour donner un aspect exotique mais terriblement proche à cette histoire. Astrer, rouager ou dévider, des verbes qui deviennent familiers au fil des pages et que l’on quitte avec une pointe de frustration, à défaut d’avoir ce sentiment pour les personnages principaux assez peu développés.

Vient ensuite la nouvelle finale, Les Rois des sables. Simon Kress, un homme d’affaire riche mais un peu douteux, a une passion originale : il achète des animaux exotiques et s’amuse à les observer (généralement se battre voire s’entredévorer). Ce passe-temps l’entraîne à acheter les Rois des sables, sorte de fourmis géantes extraterrestres un peu plus intelligentes qu’il n’y paraît… et c’est là que les choses se corsent pour Simon. L’histoire est cousue de fil rouge (pour le sang versé tout au long du récit), à quelques détails près, mais la narration est efficace et nous laisse peu de répit.

En conclusion, ce recueil était plutôt sympathique et, s’il n’est pas révolutionnaire, il présente certains aspects du style qui feront de George R.R.Martin la star que l’on connaît aujourd’hui. Des héros peu attachants voire antipathiques (Annelyn, Simon Kress, Brand, Hal le Poilu) et un univers très vaste et recherché évoqué (même si la nouvelle ne fait qu’une trentaine de pages). Pas trop de magie ou de créatures légendaires par contre (science-fiction oblige), tout comme il n’y a d’ailleurs pas énormément de mort tragique et cruelle… Un petit penchant que George R.R.Martin aura donc développé tardivement !

Le format très court lui va plutôt bien en tout cas : les personnages sont installés de façon efficace et le sujet de chaque nouvelle est simple mais bien traité. On se doute que George, qui est loin d’en avoir fini avec sa saga du Trône de Fer et qui croule sous la pression des lecteurs pour avoir une suite, n’a pas trop l’occasion de se relancer dans la science-fiction de ses débuts. Mais s’il y revient, je serai là pour le suivre !

Gillian Flynn – Les Apparences (Gone Girl)

Couverture du roman Les Apparences de Gillian Flynn, Gone Girl en version originaleNote de 8/10 Le Bouquin de Firmin
Les Apparences, 3ème livre de la romancière américaine Gillian Flynn, est avant tout le récit de la relation entre Nick Dunne et son épouse Amy, de leur rencontre à leurs noces de bois (5 ans de mariage), ce moment où leur vie à tous les deux a apparemment basculé avec la disparition inexplicable d’Amy. Impossible de ne pas se reconnaître dans les émerveillements mais aussi les déboires de ce jeune couple, dont chaque interaction est finement retranscrite par Gillian Flynn, que ce soit du point de vue masculin de Nick que du point de vue féminin d’Amy.

Les Apparences est également un livre qui parle du traitement des médias et de l’impact qu’ils peuvent avoir sur une enquête policière apparemment classique. Bon, il faut probablement être un peu américain pour bien saisir le jeu des médias sur cette affaire, du discours télévisé des premières heures post-disparition à l’interview-vérité avec une sorte d’Oprah Winfrey du crime en passant par les comités de soutien qui sentent bon les cheesecakes ou les campements de journalistes sur la pelouse de la propriété des Dunne. Néanmoins, ce sont ces médias qui poussent les différents intervenants de ce récit à mentir ou à finalement se dévoiler et l’analyse de notre société qui y est liée est plutôt intéressante. En 2015, Gillian Flynn aurait probablement mis davantage l’accent sur les réseaux sociaux.

Mais vous connaissez probablement déjà ce roman puisqu’il a été adapté avec succès (critique et commercial) par David Fincher dans le film Gone Girl avec Ben Affleck et Rosamund Pike. Vous savez donc que c’est plutôt un thriller et que le cœur de l’intrigue est la disparition d’Amy, son probable meurtre par son mari et l’enquête policière qui en découle. Pourtant, c’est vraiment le côté « décryptage du couple » et « traitement des médias » qui m’a le plus interpelé par sa justesse, sa complexité et son réalisme. Et ce, même si… eh bien comme l’indique le titre français du bouquin : tout n’est peut-être qu’apparence. Et si le gentil mari n’était au final qu’un assassin psychopathe ? Et si le mari pas si gentil n’était au final que très maladroit ? Et si le mari n’était quand même finalement pas si innocent que ça ? Remplacez « mari » par « épouse » dans les phrases précédentes et vous aurez un aperçu très sommaire de ce que peut cacher ce livre aux apparences véritablement trompeuses. Mais même si le mari ou l’épouse ne sont pas aussi « modèles » que leur CV pouvait le laisser présager, leur sincérité dans leurs mensonge reste une analyse d’un couple auquel on peut s’identifier sur bien des aspects !

Plus on avance dans le bouquin et plus on doute de la réalité de ce qu’on est en train de lire et c’est là qu’excelle Gillian Flynn : jusqu’à la toute fin du livre, on est balloté de droite à gauche dans un manège d’une perversion si délicieuse qu’on en redemanderait presque !

Le Trône de Fer : les manuscrits des volumes 6 et 7 fuitent sur 4chan ! [SPOILERS]

Couvertures des volumes 6 et 7 de la saga du Trône de ferPoisson d’avril, bien sûr ! Il était gros, mais il m’a permis d’exprimer ma frustration, le fait de devoir attendre probablement 2025 pour avoir le fin mot de cette histoire…. BRRR ! Mais la phrase « Kill them all » a un petit parfum prémonitoire quand même !

L’histoire n’est pas sans rappeler le Fapenning de 2014, sauf qu’ici, il ne s’agit pas du leak de photos dénudées des actrices de la série « Game of Thrones », la série elle-même s’en étant déjà chargée. Non ici, l’événement est plus d’ordre littéraire et la nouvelle va évidemment faire grand bruit : les fans de la saga du Trône de fer peuvent dès maintenant parcourir les manuscrits originaux sous format epub des volumes 6 et 7 de la saga du Trône de fer, suite à leur fuite sur les serveurs du forum américain 4chan ! Évidemment, il s’agit des versions anglaises, celles de The Winds of Winter et A Dream of Spring et donc oui, vous l’aurez compris : avec ces deux tomes, la saga est donc bel et bien terminée ! La surprise est donc de taille puisqu’une date de parution du sixième volume n’avait même pas été avancée par George RR Martin, les fans s’attendaient au mieux à une sortie dans l’année 2016. En mettant 5 à 6 années d’écriture entre ses derniers tomes, Martin avait habitué ses lecteurs à la patience, mais la fuite de ces livres (en version finalisée, il n’y a pas de doute là-dessus) remet donc en question toutes ses affirmations.

La réaction de George RR Martin suite aux leaks

Fausse déclaration de George RR Martin concernant la fuite de ses manuscrits

Directement interrogé par divers médias, George RR Martin a tout de suite réagi : « Les manuscrits sont bien authentiques, je ne sais pas comment ils ont pu se retrouver sur la toile. Je les conserve sur une disquette que je cache dans mon frigo, disquette par ailleurs protégée par un mot de passe introuvable (NDLR : le mot de passe a été rendu public, il s’agit de « KillThemAll »). Enfin bref, oui, cela fait longtemps que j’ai fini l’écriture de ces 2 volumes. La torture est devenue une de mes passions. L’appliquer à mes lecteurs en prétendant ne pas avoir fini mes livres a été particulièrement jouissif !« 

La fin de la saga du Trône de fer vous réserve quelques surprises [SPOILERS] !

Déclaration de George RR Martin concernant sa saga du Trône de fer : Kill them all !

Qui dit fuite des manuscrits dit donc que dorénavant, la fin de la saga du Trône de fer est connue. Et quelle fin ! George RR Martin s’est également exprimé concernant le carnage qui a lieu dans ces 2 derniers volumes : « Oh, ils commençaient sérieusement à me faire chier, tous ces personnages à la con. Je me suis dit « Kill them ALL !!! ». Daenerys s’obstinant à vouloir rester près de Meereen, je l’ai faite bouffer par son dragon, dans une scène que je détaille pendant une dizaine de pages. Brandon Stark voulait absolument apprendre à voler, alors HOP, j’ai les ai jetés, Hodor et lui, du haut du Mur. Je m’étais amusé à amener un nouveau personnage à la fin de « A Dance with Dragons », Aegar, pour faire croire que la donne pourrait changer concernant le Trône de Fer, mais je me suis dit qu’une épidémie de dysenterie rajouterait un parfum inédit dans la saga. Bon, je ne vais pas vous dévoiler comment j’ai tué tout le monde, ni de quel nouveau membre j’ai estropié mon copain Schlingue, mais je suis particulièrement fier de ma scène de fin, lors du mariage entre Tyrion et son frère Jaime. Oui, ils finissent ensemble ces 2-là, ils voulaient rester « en famille » et comme je venais de tuer Cersei et Tommen dans les pages précédentes… Bref, quand Brienne hurle « JAIME JE T’AIME » en les décapitant tous les deux, je me suis dit que les mariages sanglants, c’était quand même le pied !« 

Wow, je ne sais pas si nous étions vraiment prêts pour de telles révélations… Quoi qu’il en soit, alors que dernièrement les réalisateurs de la série télévisée avaient annoncé qu’ils allaient désormais spoiler les livres, le problème ne se pose plus : les lecteurs ont donc toujours une longueur d’avance et pourront continuer à gâcher la vie de millions de spectateurs en leur révélant tous les détails de la saga avant qu’ils ne puissent visionner leurs épisodes. De toute façon, on savait qu’aucun personnage n’était à l’abri d’une mort violente et nous en avons maintenant la triste confirmation.

J.R.R. Tolkien – Le Hobbit (traduction par Daniel Lauzon en 2012)

Couverture de la nouvelle version de Le Hobbit de J.R.R. Tolkien, traduit par Daniel LauzonEvaluation 7/10 pour Le Bouquin de Firmin

Quelle curieuse expérience de relire en 2015 les aventures de Bilbo Bessac, un hobbit de La Colline, rendant une visite de courtoisie à Smaug Le Dragon en passant par Fendeval, la forêt de Grand’Peur et le Bourg-du-Lac ! Depuis la publication en 1937 du Hobbit de J.R.R. Tolkien, Peter Jackson est passé par là, popularisant davantage (s’il était encore possible) les aventures de Bilbon Sacquet de La Comté, pourfendant dragons, orcs et gobelins en passant par Fondcombe, la Forêt Noire et Lacville ! Ces petites surprises dans la traduction française ne sont pas du fait de Peter Jackson : ce dernier s’est calqué sur la traduction officielle de de Francis Ledoux datant de 1969. Depuis 2012 pourtant, c’est bien la nouvelle traduction de Daniel Lauzon que vous trouverez en librairie avec donc comme personnage principal un Bilbo Bessac fraîchement renommé. Si cette nouvelle traduction peut paraître surprenante, elle est globalement encensée par les puristes, étant jugée plus proche de la version anglaise originale.

Lire Le Hobbit en 2015, outre la nouvelle traduction, c’est donc redécouvrir les aventures extraordinaires de ce sympathique bout d’homme qui s’en va défier un dragon en compagnie de 13 nains et d’un magicien, sans l’aide de Tauriel, de Legolas ou de Galadriel, sans même les pitreries d’Alfrid et surtout sans être impitoyablement poursuivi par Azog le Profanateur ou Sauron le Nécromancien. Peter Jackson a largement étoffé le récit original de personnages secondaires (qui en viennent à voler la vedette à Bilbo lui-même) et d’intrigues parallèles souvent à peine évoquées dans le livre. Est-ce un bien ou un mal ? Là n’est pas le but de cet article. Par contre, cela renforce le côté enfantin du bouquin de J.R.R. Tolkien.

Le Hobbit a été écrit par l’écrivain britannique afin qu’il serve de livre de chevet pour ses jeunes enfants et est par conséquent un livre très éloigné de la rigueur, de la complexité et de la finesse de son successeur : Le Seigneur des Anneaux. Bilbo s’en va donc cambrioler une montagne au nez et à la barbe d’un dragon, accompagné d’assez joyeux drilles finalement : une bande de nains chanteurs qui va croiser la route d’elfes tout aussi fredonnants… même les vilains gobelins et les trolls très moches voudront découper en rondelles toute la troupe en poussant la chansonnette ! Tolkien s’adresse vraiment à ses lecteurs comme à ses enfants, rythmant donc son récit de chants et d’énigmes et en ne s’éternisant pas sur les scènes trop violentes. Une grande bataille peut par exemple se résumer en quelques phrases, annoncées par un apaisant « Vous vous en doutez, Bilbo s’en est très bien sorti, voici comment… ».

Ce qui est fascinant dans le monde inventé par Tolkien, c’est sa complexité, le fait d’avoir poussé le détail de chaque lignée, de chaque contrée… Chaque événement se positionne dans un contexte fouillé, il a poussé le vice jusqu’à imaginer avec précision la genèse du monde (Le Silmarillion) pendant qu’il inventait (de façon complète) diverses langues elfiques. La simplicité enfantine du Hobbit décontenance donc un peu, mais ce livre reste un jalon incontournable qui esquisse les contours d’un univers mythique et contenant d’ailleurs un élément fondamental : la rencontre avec Gollum et son trésor (pas question de « précieux » dans cette traduction), l’Anneau Unique.

[Complément d’enquête du 26/02/2015]

Bannière de présentation du livre Lire J.R.R. Tolkien par Vincent Ferré

Pour ceux qui veulent approfondir cette histoire de nouvelle traduction, je vous invite à lire cette interview très intéressante de Vincent Ferré pour Télérama. L’article fait référence à la nouvelle traduction du Seigneur des Anneaux, dont le premier tome est paru en 2014, signée également (et logiquement) par Daniel Lauzon. Vincent Ferré y explique le but de cette nouvelle traduction, sa nécessité et ses particularités. On y apprend en détail l’explication du changement « Forêt Noire » en « Forêt de Grand’Peur » , mais aussi l’existence d’un « Guide des noms du Seigneur des Anneaux » , que ne connaissait manifestement pas le premier traducteur Francis Ledoux. J.R.R. Tolkien, en linguiste expérimenté, avait effectivement tout prévu, jusqu’à la traduction des noms et des lieux présents dans son oeuvre dans les différentes langues. Sans imposer une traduction précise (preuve s’il en est de son intelligence), Tolkien propose aux futurs traducteurs des pistes pour adapter au mieux ses livres.

Les nouvelles traductions sont clairement positives : plus respectueuses de l’oeuvre de Tolkien, elles prennent en compte tous les éléments disponibles depuis 1969 (grâce notamment au travail du fils de Tolkien) tout en corrigeant les quelques coquilles et incohérences de Francis Ledoux (le « departure » d’Elrond ou l’incursion d’éléments de notre monde (« file indienne ») par exemple). Daniel Lauzon a particulièrement excellé dans la nouvelle traduction des poèmes et chants, plus proches de l’harmonie des originaux : une très bonne chose lorsqu’on se remet en tête que J.R.R. Tolkien était avant tout un poète !

E. L. James – La trilogie Cinquante nuances de Grey

Couverture du roman Cinquante Nuances de Grey de E.L. JamesEvaluation 4/10 pour Le Bouquin de Firmin

Pas besoin de vous présenter longuement la trilogie best-seller de E.L. James « Cinquante nuances de Grey » je pense. En gros, une jeune adulte un peu godiche va interviewer un jeune magnat des affaires charismatique et une attirance physique va s’installer entre ces 2 personnes qu’a priori tout oppose. Il se trouve que le garçon est un adepte du sadisme, tandis que la fille, eh bien… elle est surtout une adepte de l’Amour.

Le début est franchement bien foutu, ça fait « roman adolescent », mais ça se lit bien. Et ce même s’il faut attendre des plombes pour voir enfin la dimension « érotique » du roman. Malheureusement, si l’écriture érotique fonctionne (comme quoi, le pouvoir des mots !), on tourne très vite en rond. « Oh mon dieu, son érection me remplit toute entière, je m’agrippe à ses cheveux (puisque je ne peux pas toucher son torse) et j’explose » : on répète ça (plus ou moins au mot près) toutes les 5 pages pendant 2 bouquins et demi et on a fini la trilogie. Un peu de suspense et un léger attachement aux personnages m’ont fait tenir les 1800 pages, mais j’ai franchement l’impression d’avoir perdu mon temps.

Avec Cinquante nuances de Grey, E.L. James est censée, d’après la presse, nous proposer un livre érotique sur le sado-masochisme. Si ça avait été le cas, les 1800 pages auraient peut-être été plus intéressantes… Au final, Mlle Anastasia Steele nous privera de cette découverte, car en fait, c’est pas trop son truc.  A la place, on en apprend un peu plus sur « ce que pense une (la ?) femme », et je dois avouer que ce n’est pas forcément rassurant… « Je t’aime plus que tout tu es mon âme-soeur, pourquoi doutes-tu de notre amour éternel ? » … « Hey, mais tu me pinces ?! Ne nous voyons plus jamais, on ne pourra jamais s’épanouir ensemble » . Le titre, 50 nuances de Grey, évoque les 50 ombres et personnalités de Christian Grey, qui consulte d’ailleurs souvent un psy tellement il a un passé torturé… Dommage qu’au final, on se retrouve plutôt immergé pendant des heures dans les 50 humeurs d’Anastasia Steele !

Le premier film sort dans quelques jours pour la Saint-Valentin 2015 et des rumeurs courent comme quoi le film sera peut-être interdit aux moins de 18 ans, mais que la plupart des scènes de sexe du livre seront largement édulcorées voire supprimées. 50 nuances de Grey en version soft ? On perdrait ainsi l’unique intérêt du livre, bravo ! En attendant, la bande originale du film est quant à elle pour le moment plutôt sympathique, mais je laisse Gaston vous en parler, il en parle beaucoup mieux que moi !

Antonio Garrido – Le Lecteur de cadavres

Couverture du livre Le Lecteur de cadavres d'Antonio GarridoEvaluation 8 sur 10
Je dois avouer que je n’étais pas très emballé à l’idée de suivre les tribulations du premier médecin légiste de l’Histoire dans la Chine impériale du XIIIème siècle. Le sujet avait du potentiel vu qu’un médecin légiste est amené à résoudre des affaires sordides susceptibles d’émoustiller mon attraction naturelle pour le sang humain (rires). Néanmoins, l’Asie en l’an 1206, je ne maîtrise pas du tout : les Chinois ont une façon de parler, de se nommer, de compter leurs jours, leurs heures et ont des rites qui me sont totalement étrangers. Pourtant, Le Lecteur de cadavres d’Antonio Garrido m’a cueilli, de la première à la 616ème page.

L’intelligence d’Antonio Garrido a été d’écrire ici un roman inspiré d’un personnage réel en occidentalisant juste ce qu’il faut son récit pour qu’il soit agréable à lire par le néophyte que j’ai décrit ici plus haut. L’histoire commence par un meurtre, et ça semble logique vu le thème, mais ce n’est qu’un point de départ comme un autre pour débuter le récit des aventures rocambolesques d’un petit fils de paysan chinois : Song Ci. Il va tomber sur le dos de ce gars des tuiles énormes et, en Chine du XIIIème siècle, le moindre vol ou la moindre agression peut te coûter la main ou la tête, c’est dire s’il va vite se retrouver dans de sales draps et sans ressources, car la criminalité elle n’est pas du tout absente pour autant.

Antonio  Garrido n’est pas tombé dans le travers du reportage historique, mais s’est suffisamment documenté pour pimenter son récit et le rendre réaliste. Le malaise s’installe directement lorsque l’écrivain espagnol entame la description d’un fleuve (où l’eau n’est plus visible sous les détritus) ou des rues de la capitale. La frustration se joint également à la fête lorsqu’on examine le système judiciaire ou médical de l’époque ou lorsqu’on observe certains rites surprenants (cette obligation qu’ont les familles d’abandonner pendant 6 mois leur emploi lorsqu’un deuil les affecte… alors que les assassinats et décès « naturels » sont plus que monnaie courante en ces temps-là).

Si Song Ci deviendra effectivement un médecin légiste respecté et auteur d’ouvrages fondamentaux dans ce domaine, l’histoire se concentre avant tout sur l’être humain (fictif) qu’il aurait pu être et sur sa période pré-renommée. « Lecteur de cadavres » est un job qu’il n’a pas forcément choisi, qu’il pratique de façon pas forcément recommandable afin de se sortir de l’immense tas de merde dans lequel il est tombé. Son intelligence et sa chance seules lui permettront dans la deuxième partie du livre de côtoyer un milieu aisé et jusqu’à l’empereur lui-même. Ce roman n’est pas franchement « policier » pendant de nombreuses pages, et c’est pourtant là que se situe l’histoire la plus palpitante.

Lorsque le sort s’acharne un peu moins sur sa pauvre tête, le récit évolue donc vers une enquête plus classique riche en rebondissements, certains attendus d’autres moins. Une chose est sûre : la personnalité de Song Ci est particulièrement attachante, ce côté malchanceux contre-balancé par sa volonté farouche. Le vrai Song Ci était probablement moins charismatique, mais on s’en fiche : Antonio Garrido l’a fait revivre ici d’une très belle manière.

James Dashner – Le Remède mortel (L’Epreuve Tome 3)

Couverture de Le Remède Mortel, tome 3 de la trilogie L'Epreuve de James DashnerEvaluation 4/10 pour Le Bouquin de Firmin
Ah merde, c’est con : amère déception concernant le tome 3 de la trilogie L’Epreuve de James Dashner. Après Le Labyrinthe (bon), La Terre brûlée (moins bon), James Dashner finit son cycle sur un livre pas fameux : Le Remède mortel. Les problèmes soulevés à la fin du tome précédent se reportent au centuple dans ce bouquin puisqu’à un moment donné, Thomas et ses amis se retrouvent plutôt affranchis du contrôle du WICKED. Si le manque d’info et les situations de sauvetage in extremis pouvaient encore passer dans les premiers livres (le lecteur étant tout autant manipulé que les protagonistes de l’histoire), ça devient un réel problème quand les adolescents prennent leur propres décisions. On en apprend un peu sur ce monde dévasté et les péripéties restent surprenantes, mais la machine se grippe, ça manque de fond et de cohérence.

Un doute subsiste et on espère secrètement que le WICKED est encore derrière tout ça. On attend des réponses pour l’épreuve Newt, pour l’ambiguité du binôme Teresa/Brenda, pour l’utilité de Gally ou pour les motivations du Bras Droit. Le WICKED devient bête et méchant, les savants fous le deviennent vraiment. Le système s’écroule au propre comme au figuré et le lecteur assiste à cette débâcle le front plissé. James Dashner ne fournira pas de réponse, se contentant de tuer quelques personnages pour pouvoir solutionner les questions soulevées plus haut.

L’intrigue se débloque littéralement en 2 pages, à la toute fin. L’ambiance « tout est bien qui finit bien » est peu réaliste et Bernard Werber pourrait donner un cours à James Dashner sur l’évolution peu encourageante des civilisations quand elles sont arrivées à ce stade de développement. Néanmoins, le dénouement se tient : on pouvait d’ailleurs le deviner dès que le mot « Imune » a déboulé dans le récit. Un bon point pour Dashner finalement, j’ai craint qu’il ne se perde dans des solutions encore plus louches.

Retrouvez la critique du tome 2 La Terre brûlée en cliquant ICI.

Retrouvez la critique du tome 1 Le Labyrinthe en cliquant ICI.

James Dashner – La Terre brûlée (L’Epreuve Tome 2)

Couverture de La Terre brûlée, tome 2 de la trilogie L'Epreuve de James DashnerEvaluation 6/10 pour Le Bouquin de Firmin
Après l’Epreuve (éprouvante) du Labyrinthe, on retrouve Thomas et quelques autres dans un nouveau livre de James Dashner : La Terre brûlée. Un départ sur les chapeaux de roue pour le début de ce second tome ! La chancelière Paige l’avait annoncé à la fin du tome 1, les garçons ont beau être sortis du Labyrinthe, ils n’en ont pas fini avec les Épreuves ! James Dashner excelle à nouveau avec ses chapitres courts et incisifs ponctués systématiquement de faits étonnants. La manipulation est complète, le WICKED, l’organisme derrière tout ça, tire les ficelles et fait ce qu’il veut de ses cobayes, à un point où l’on se demande bien où peut se trouver la réalité.

Le monde a été ravagé par des éruptions solaires importantes et un virus contamine l’humanité : la Braise. Le groupe d’adolescent devra traverser la Terre brûlée et y fera quelques rencontres plus ou moins mortelles. Si le Labyrinthe n’est plus du tout d’actualité, le mécanisme d’intrigue plutôt violent est toujours à l’ordre du jour, et ça fonctionne pas mal.

Il y a néanmoins un moment où la série « saute le requin », et ça tient à peu de choses : Thomas découvre en pleine Terre brûlée une vieille plaque métallique au message assez niais mais qui a surtout la particularité de ne pas être unique. Placardée dans toute la ville, cette plaque est l’indice que le WICKED n’est pas aussi omniscient qu’il n’y paraît. Une balle perdue plus tard, le Méchant montre des faiblesses dans son processus de manipulation.

La fin du livre est d’ailleurs beaucoup moins palpitante que son début : les actions imposées aux garçons sont de plus en plus ridicules (ballade en sac, trahison mal abordée, chambres à gaz inutiles, monstres superflus). Le vrai problème de cette « plaque métallique », c’est qu’elle amène du flou dans la destinée des personnages. Si Untel affronte 10 monstres bioniques en en réchappant de justesse sans grande égratignure, on pouvait jusqu’à présent le mettre sur le compte du WICKED, un organisme particulièrement doué qui a une maîtrise très fine de tous les événements. Maintenant, on peut juste se dire que les adolescents lambdas du premier tome ont muté en super-héros : dommage pour l’identification.

Retrouvez la critique du tome 3 Le Remède mortel en cliquant ICI.

Retrouvez la critique du tome 1 Le Labyrinthe en cliquant ICI.

James Dashner – Le Labyrinthe (L’Epreuve Tome 1)

Couverture du tome 1 de la trilogie L'Epreuve de James Dashner : le LabyrintheEvaluation 7/10 pour Le Bouquin de Firmin
La mode en littérature jeunesse est à la dystopie post-apocalyptique assez violente. Après des « jeux de la faim » ou l’extermination des divergents, voici Le Labyrinthe de James Dashner, un livre dans lequel des adolescents sont enfermés à l’intérieur d’un labyrinthe sans issue, menacés par d’infâmes créatures mi-monstres mi-machines. Privés entièrement (ou presque) de leur mémoire, une cinquantaine de garçons doivent survivre depuis quelques années dans un milieu hostile, sans savoir pourquoi ils sont là ni qui les y a envoyés. L’apport régulier de nourriture et de produits de première nécessité laisse supposer qu’il y a des Créateurs dont les adolescents seraient vraisemblablement les rats de laboratoire, mais le lecteur, tout comme Thomas, Chuck, Minho et les autres, n’en sait pas grand chose.

Ce premier tome a deux qualités principales. Dans un premier temps, James Dashner a trouvé la formule magique du suspense grâce à des chapitres très courts à la fin desquels un événement surprenant intervient. Peu de blabla et d’explications et si d’aventure un blocard/tocard essaie d’expliquer quelque chose  à Thomas (le personnage principal, nouveau venu dans le labyrinthe), on peut être sûr que ce dernier sera interrompu par un griffeur, un infecté, un scaralame, une fille ou tout autre élément perturbateur. Ensuite, James Dashner a choisi de mettre en avant les peurs et les faiblesses de ses personnages principaux plutôt que d’en faire des héros/guerriers confirmés. L’identification est assez facile, surtout quand on découvre que ces ados sont censés être plus intelligents que la moyenne : mon QI de pétoncle n’a pas été largué dans la bataille en tout cas.

A l’instar du livre Divergente, je découvre ces bouquins après avoir été voir le film de Wes Ball, mais au contraire de ce dernier, le roman de Dashner m’a plutôt captivé. Il faut dire aussi que l’adaptation cinématographique s’est considérablement éloignée du livre (hors destinée principale des personnages), ce qui aide à lui trouver de l’intérêt. Si on oublie quelques incohérences, Le Labyrinthe est un bon premier tome de la trilogie de l’Epreuve de James Dashner. Comme pour Divergente, je déplore quand même de voir des livres aussi violents plébiscités par les jeunes. Les futurs post-apocalyptiques sont décidément bien sombres : les descriptions restent sobres, on n’est pas dans la littérature d’horreur, mais les sévices infligés à ces enfants de 12 à 16 ans sont franchement immoraux.

Retrouvez la critique du tome 2 La Terre brûlée en cliquant ICI.

Retrouvez la critique du tome 3 Le Remède mortel en cliquant ICI.

Amélie Nothomb – Pétronille

Couverture de Pétronille d'Amélie NothombEvaluation 4/10 pour Le Bouquin de Firmin

N’étant pas franchement porté sur la bouteille (sauf s’il s’agit d’une 2l de Vittel, vous voyez l’étendue du problème) et mon palais n’ayant pas particulièrement été conquis par les charmes du champagne, l’histoire d’amour entre ce 23ème roman d’Amélie Nothomb et moi n’était pas bien engagée. En effet, le sujet de Pétronille est clair : Amélie aime prendre des cuites au champagne, mais décide que cette expérience sublime doit être partagée. Au hasard d’une séance de dédicace, elle rencontre Pétronille
Fanto qui se révélera être la compagne de beuverie (presque) idéale. Même si les romans auto-biographiques d’Amélie Nothomb ont parfois la cote chez moi (Le Sabotage amoureux, Métaphysique des tubes), Pétronille n’arrive pas à me séduire, à la manière du dernier en date, La Nostalgie heureuse, auquel je n’avais pas trouvé beaucoup d’intérêt. En voici les raisons :

Ce roman a vraiment pour fil rouge l’alcool dans sa forme excessive et on doit vraiment se taper des délires plus ou moins intellectuels de 2 femmes ivres pendant tout le bouquin. Comme In Real Life, mon œil sobre observe ce genre de comportement avec un détachement plutôt gêné. Ce champagne est censé être le prétexte pour nous présenter une jolie histoire d’amitié, mais là encore, ça coince. Pétronille et Amélie donnent souvent l’impression de se faire chier ensemble : tout les oppose et au lieu d’enrichir leur relation, cette disparité les amène souvent à de l’incompréhension. Le dialogue de sourd lors d’une réception ou l’escapade dans une station de ski sont assez représentatifs de cette impression de regarder deux électrons libres qui ne se rapprocheront pas.

Mais le principal problème de ce roman, c’est qu’il est vraiment auto-biographique. Bon, pas au sens strict du terme, vu que Pétronille Fanto n’existe pas (même s’il s’agit en fait de la romancière Stéphanie Hochet) et qu’Amélie Nothomb le fait bien comprendre dans les 2 dernières pages du bouquin. Rappelons également qu’Amélie Nothomb est un personnage a priori fictif, même si sa biographie coïncide souvent avec celle de son auteure. Mais Pétronille est auto-biographique dans le sens où il parle bien d’Amélie Nothomb,  la romancière farfelue, et de son quotidien de célébrité littéraire. Amélie se complaît ici à détailler son train de vie ou ses obligations et en profite pour régler ses comptes (avec une lectrice qui l’accuse de plagiat, avec les critiques qui ont parfois mal accueilli Acide sulfurique), le tout sur un ton assez pédant.  Je n’avais pas forcément repéré ceci dans ses autres romans auto-biographiques mais pour le coup, j’ai envie de jouer ma Vivienne Westwood en lui donnant mon chien à promener (ceux qui ont lu le bouquin comprendront), histoire de la calmer un petit peu.

Au final, je n’ai pas trouvé d’intérêt à ce livre. Il parle d’un univers qui ne m’est pas proche et évoque une addiction qui me passe par-dessus la tête ok, mais c’est le cas d’autres livres que j’ai déjà pu apprécier. Non, ici, je n’ai pas trouvé de but au récit qui me semble trop centré sur lui-même sans apporter quelque chose au lecteur. Il se transforme d’ailleurs vers la fin en une sorte de journal de bord d’Amélie Nothomb et c’est généralement le genre de document intime et peu passionnant qu’on ne publie pas.