Antonio Garrido – Le Lecteur de cadavres

Couverture du livre Le Lecteur de cadavres d'Antonio GarridoEvaluation 8 sur 10
Je dois avouer que je n’étais pas très emballé à l’idée de suivre les tribulations du premier médecin légiste de l’Histoire dans la Chine impériale du XIIIème siècle. Le sujet avait du potentiel vu qu’un médecin légiste est amené à résoudre des affaires sordides susceptibles d’émoustiller mon attraction naturelle pour le sang humain (rires). Néanmoins, l’Asie en l’an 1206, je ne maîtrise pas du tout : les Chinois ont une façon de parler, de se nommer, de compter leurs jours, leurs heures et ont des rites qui me sont totalement étrangers. Pourtant, Le Lecteur de cadavres d’Antonio Garrido m’a cueilli, de la première à la 616ème page.

L’intelligence d’Antonio Garrido a été d’écrire ici un roman inspiré d’un personnage réel en occidentalisant juste ce qu’il faut son récit pour qu’il soit agréable à lire par le néophyte que j’ai décrit ici plus haut. L’histoire commence par un meurtre, et ça semble logique vu le thème, mais ce n’est qu’un point de départ comme un autre pour débuter le récit des aventures rocambolesques d’un petit fils de paysan chinois : Song Ci. Il va tomber sur le dos de ce gars des tuiles énormes et, en Chine du XIIIème siècle, le moindre vol ou la moindre agression peut te coûter la main ou la tête, c’est dire s’il va vite se retrouver dans de sales draps et sans ressources, car la criminalité elle n’est pas du tout absente pour autant.

Antonio  Garrido n’est pas tombé dans le travers du reportage historique, mais s’est suffisamment documenté pour pimenter son récit et le rendre réaliste. Le malaise s’installe directement lorsque l’écrivain espagnol entame la description d’un fleuve (où l’eau n’est plus visible sous les détritus) ou des rues de la capitale. La frustration se joint également à la fête lorsqu’on examine le système judiciaire ou médical de l’époque ou lorsqu’on observe certains rites surprenants (cette obligation qu’ont les familles d’abandonner pendant 6 mois leur emploi lorsqu’un deuil les affecte… alors que les assassinats et décès « naturels » sont plus que monnaie courante en ces temps-là).

Si Song Ci deviendra effectivement un médecin légiste respecté et auteur d’ouvrages fondamentaux dans ce domaine, l’histoire se concentre avant tout sur l’être humain (fictif) qu’il aurait pu être et sur sa période pré-renommée. « Lecteur de cadavres » est un job qu’il n’a pas forcément choisi, qu’il pratique de façon pas forcément recommandable afin de se sortir de l’immense tas de merde dans lequel il est tombé. Son intelligence et sa chance seules lui permettront dans la deuxième partie du livre de côtoyer un milieu aisé et jusqu’à l’empereur lui-même. Ce roman n’est pas franchement « policier » pendant de nombreuses pages, et c’est pourtant là que se situe l’histoire la plus palpitante.

Lorsque le sort s’acharne un peu moins sur sa pauvre tête, le récit évolue donc vers une enquête plus classique riche en rebondissements, certains attendus d’autres moins. Une chose est sûre : la personnalité de Song Ci est particulièrement attachante, ce côté malchanceux contre-balancé par sa volonté farouche. Le vrai Song Ci était probablement moins charismatique, mais on s’en fiche : Antonio Garrido l’a fait revivre ici d’une très belle manière.

James Dashner – Le Remède mortel (L’Epreuve Tome 3)

Couverture de Le Remède Mortel, tome 3 de la trilogie L'Epreuve de James DashnerEvaluation 4/10 pour Le Bouquin de Firmin
Ah merde, c’est con : amère déception concernant le tome 3 de la trilogie L’Epreuve de James Dashner. Après Le Labyrinthe (bon), La Terre brûlée (moins bon), James Dashner finit son cycle sur un livre pas fameux : Le Remède mortel. Les problèmes soulevés à la fin du tome précédent se reportent au centuple dans ce bouquin puisqu’à un moment donné, Thomas et ses amis se retrouvent plutôt affranchis du contrôle du WICKED. Si le manque d’info et les situations de sauvetage in extremis pouvaient encore passer dans les premiers livres (le lecteur étant tout autant manipulé que les protagonistes de l’histoire), ça devient un réel problème quand les adolescents prennent leur propres décisions. On en apprend un peu sur ce monde dévasté et les péripéties restent surprenantes, mais la machine se grippe, ça manque de fond et de cohérence.

Un doute subsiste et on espère secrètement que le WICKED est encore derrière tout ça. On attend des réponses pour l’épreuve Newt, pour l’ambiguité du binôme Teresa/Brenda, pour l’utilité de Gally ou pour les motivations du Bras Droit. Le WICKED devient bête et méchant, les savants fous le deviennent vraiment. Le système s’écroule au propre comme au figuré et le lecteur assiste à cette débâcle le front plissé. James Dashner ne fournira pas de réponse, se contentant de tuer quelques personnages pour pouvoir solutionner les questions soulevées plus haut.

L’intrigue se débloque littéralement en 2 pages, à la toute fin. L’ambiance « tout est bien qui finit bien » est peu réaliste et Bernard Werber pourrait donner un cours à James Dashner sur l’évolution peu encourageante des civilisations quand elles sont arrivées à ce stade de développement. Néanmoins, le dénouement se tient : on pouvait d’ailleurs le deviner dès que le mot « Imune » a déboulé dans le récit. Un bon point pour Dashner finalement, j’ai craint qu’il ne se perde dans des solutions encore plus louches.

Retrouvez la critique du tome 2 La Terre brûlée en cliquant ICI.

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James Dashner – La Terre brûlée (L’Epreuve Tome 2)

Couverture de La Terre brûlée, tome 2 de la trilogie L'Epreuve de James DashnerEvaluation 6/10 pour Le Bouquin de Firmin
Après l’Epreuve (éprouvante) du Labyrinthe, on retrouve Thomas et quelques autres dans un nouveau livre de James Dashner : La Terre brûlée. Un départ sur les chapeaux de roue pour le début de ce second tome ! La chancelière Paige l’avait annoncé à la fin du tome 1, les garçons ont beau être sortis du Labyrinthe, ils n’en ont pas fini avec les Épreuves ! James Dashner excelle à nouveau avec ses chapitres courts et incisifs ponctués systématiquement de faits étonnants. La manipulation est complète, le WICKED, l’organisme derrière tout ça, tire les ficelles et fait ce qu’il veut de ses cobayes, à un point où l’on se demande bien où peut se trouver la réalité.

Le monde a été ravagé par des éruptions solaires importantes et un virus contamine l’humanité : la Braise. Le groupe d’adolescent devra traverser la Terre brûlée et y fera quelques rencontres plus ou moins mortelles. Si le Labyrinthe n’est plus du tout d’actualité, le mécanisme d’intrigue plutôt violent est toujours à l’ordre du jour, et ça fonctionne pas mal.

Il y a néanmoins un moment où la série « saute le requin », et ça tient à peu de choses : Thomas découvre en pleine Terre brûlée une vieille plaque métallique au message assez niais mais qui a surtout la particularité de ne pas être unique. Placardée dans toute la ville, cette plaque est l’indice que le WICKED n’est pas aussi omniscient qu’il n’y paraît. Une balle perdue plus tard, le Méchant montre des faiblesses dans son processus de manipulation.

La fin du livre est d’ailleurs beaucoup moins palpitante que son début : les actions imposées aux garçons sont de plus en plus ridicules (ballade en sac, trahison mal abordée, chambres à gaz inutiles, monstres superflus). Le vrai problème de cette « plaque métallique », c’est qu’elle amène du flou dans la destinée des personnages. Si Untel affronte 10 monstres bioniques en en réchappant de justesse sans grande égratignure, on pouvait jusqu’à présent le mettre sur le compte du WICKED, un organisme particulièrement doué qui a une maîtrise très fine de tous les événements. Maintenant, on peut juste se dire que les adolescents lambdas du premier tome ont muté en super-héros : dommage pour l’identification.

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James Dashner – Le Labyrinthe (L’Epreuve Tome 1)

Couverture du tome 1 de la trilogie L'Epreuve de James Dashner : le LabyrintheEvaluation 7/10 pour Le Bouquin de Firmin
La mode en littérature jeunesse est à la dystopie post-apocalyptique assez violente. Après des « jeux de la faim » ou l’extermination des divergents, voici Le Labyrinthe de James Dashner, un livre dans lequel des adolescents sont enfermés à l’intérieur d’un labyrinthe sans issue, menacés par d’infâmes créatures mi-monstres mi-machines. Privés entièrement (ou presque) de leur mémoire, une cinquantaine de garçons doivent survivre depuis quelques années dans un milieu hostile, sans savoir pourquoi ils sont là ni qui les y a envoyés. L’apport régulier de nourriture et de produits de première nécessité laisse supposer qu’il y a des Créateurs dont les adolescents seraient vraisemblablement les rats de laboratoire, mais le lecteur, tout comme Thomas, Chuck, Minho et les autres, n’en sait pas grand chose.

Ce premier tome a deux qualités principales. Dans un premier temps, James Dashner a trouvé la formule magique du suspense grâce à des chapitres très courts à la fin desquels un événement surprenant intervient. Peu de blabla et d’explications et si d’aventure un blocard/tocard essaie d’expliquer quelque chose  à Thomas (le personnage principal, nouveau venu dans le labyrinthe), on peut être sûr que ce dernier sera interrompu par un griffeur, un infecté, un scaralame, une fille ou tout autre élément perturbateur. Ensuite, James Dashner a choisi de mettre en avant les peurs et les faiblesses de ses personnages principaux plutôt que d’en faire des héros/guerriers confirmés. L’identification est assez facile, surtout quand on découvre que ces ados sont censés être plus intelligents que la moyenne : mon QI de pétoncle n’a pas été largué dans la bataille en tout cas.

A l’instar du livre Divergente, je découvre ces bouquins après avoir été voir le film de Wes Ball, mais au contraire de ce dernier, le roman de Dashner m’a plutôt captivé. Il faut dire aussi que l’adaptation cinématographique s’est considérablement éloignée du livre (hors destinée principale des personnages), ce qui aide à lui trouver de l’intérêt. Si on oublie quelques incohérences, Le Labyrinthe est un bon premier tome de la trilogie de l’Epreuve de James Dashner. Comme pour Divergente, je déplore quand même de voir des livres aussi violents plébiscités par les jeunes. Les futurs post-apocalyptiques sont décidément bien sombres : les descriptions restent sobres, on n’est pas dans la littérature d’horreur, mais les sévices infligés à ces enfants de 12 à 16 ans sont franchement immoraux.

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