Le Bouquin de Firmin

Le quotidien d'une table de chevet brabançonne

Mathieu Bablet – Carbone et Silicium

Note de 9/10 Le Bouquin de FirminCouverture de la BD Carbone et Silicium de Mathieu BabletAvec Carbone et Silicium, Mathieu Bablet se perfectionne et gomme les défauts que l’on pouvait trouver dans son œuvre précédente, Shangri-La. Le plus surprenant, c’est que là où dans Shangri-La, il peinait à nous faire ressentir de l’empathie pour son héros humain « Scott », il arrive, dès les premières pages de sa nouvelle bande dessinée, à nous captiver pour la personnalité de Carbone et Silicium qui sont… des androïdes. Mais quels androïdes !

Pendant 270 pages et tout au long d’autant d’années de vie, nous suivons le parcours de ces 2 robots destinés à survivre dans un milieu plus qu’hostile : notre bonne vieille Terre, enfin ce qu’il en restera dans un futur proche. A travers leurs yeux (et uniquement à travers eux), on assistera à l’évolution de la société au fil du temps. Pas de vision globale donc, pas de perception de la situation d’un autre point de vue, politique, économique ou environnemental. Et c’est la grande qualité du livre : pas de grands discours ou dialogues nous expliquant la situation, les enjeux ou les solutions envisagées. L’histoire est découpée selon la vision de Carbone à différents âges. Parfois les chapitres sont courts et presque uniquement graphiques, mais sont d’autant plus percutants (Los Angeles ou Hong Kong par exemple). Chaque chapitre commence par un gros plan du visage de Carbone, un gros plan qui est souvent très éloquent et dont l’esthétisme léché me fait penser aux magnifiques affiches qui ponctuent également les chapitres de la série Saga de Vaughan et Staples.

Extrait de la BD Carbone et Silicium de Mathieu BabletAvoir choisi des protagonistes plus ou moins immortels comme ces androïdes, c’est très efficace pour un récit de SF qui se déroule sur des centaines d’année : le temps passe, mais l’attachement aux personnages reste inchangé pour le lecteur. A l’ère actuelle des quinquennats et septennats qui manquent cruellement de vision à long terme, cette histoire qui se déroule sur plusieurs centaines d’année fait un peu rêver (même si la situation décrite y est majoritairement dramatique). Avoir fait de Carbone et Silicium des spectateurs et rarement des acteurs de l’avancement de l’intrigue de l’humanité est un très bon parti pris, une manière pour nous de s’identifier et de… profiter de la débâcle.

Les qualités graphiques de Shangri-La sont toujours évidemment présentes, mais sont ici magnifiées par la grande richesse que peuvent apporter les paysages terrestres. Nous ne sommes plus enfermés dans une station spatiale, mais dans des paysages (urbains ou non) beaucoup plus variés, grâce aux nombreux voyages qu’effectuent les 2 robots (surtout grâce au globe-trotter Silicium). Au niveau des personnages aussi, Mathieu Bablet s’est davantage lâché avec des personnalités graphiques plus contrastées, variées et intéressantes. Il faut dire que les protagonistes étant majoritairement des robots ou des humains augmentés, la liberté et l’originalité graphique est immense… et les choix de Mathieu Bablet ne sont pas anodins. Lorsque (spoiler) Carbone passe son année 247 à Hakone dans un corps reconstitué mi-féminin mi-masculin, le symbole est énorme. Et encore une fois, Mathieu Bablet a énormément gagné en subtilité depuis Shangri-La, car sans y toucher, il évoque la transidentité probable du futur de l’humanité. Dans le même chapitre, les vues d’Hakone sont magnifiques, mais d’un tout autre genre que celles que les touristes actuels peuvent admirer.

Extrait de la BD Carbone et Silicium de Mathieu BabletLe propos général sur les ravages de la robotisation, de l’ultra-connexion ou plus généralement de l’industrialisation est amené de manière plus subtile que dans Shangri-La également. Pas besoin de mots, le lecteur a la « surprise » (ou plutôt l’horreur) de découvrir par hasard dans une case un corps ressemblant comme 2 gouttes d’eau à celui d’Alan Kurdi ou les viscères d’un goéland mort d’avoir ingurgité trop de plastique. Simple, et efficace.

Je disais que les personnages principaux ne sont pas humains, mais en fait, bien entendu, ils sont à 100% humains, tels que l’a voulu leur créatrice Noriko. Bien sûr, leur capacité à se réparer eux-mêmes et à survivre dans des conditions inhumaines influe sur le scénario, mais au fond, ce sont deux êtres sensibles, avec leurs défauts et leurs qualités, leurs pulsions colériques ou suicidaires, leurs choix de vie en somme, très différents entre Carbone et Silicium.

Tous les futurs envisagés pour l’humanité m’ont plu. Ils sont peut-être dramatiques, mais je n’ai pas ressenti forcément le côté apocalyptique de la chose. Parce que dans toutes les situations, Mathieu Bablet montre que l’humanité subit mais survit aussi. Il y a des moments de violence et de malheur bien sûr, mais aussi des moments de vie. Une famille qui se rassemble, un groupe qui s’organise, des amis qui se réunissent. Les avancées technologiques esquissées m’ont séduites également. Le transhumanisme dans son sens de quête de l’immortalité est par exemple évoqué de façon bien cruelle dans le vieillissement de Noriko tandis que le transhumanisme dans son sens d’augmentation des capacités mentales est brillamment illustré par l’hyper-connexion générale dans le réseau. A un moment donné, Mathieu Bablet nous montre des aéroports désertés, non pas par conscience écologique mais bien parce qu’il est devenu inutile de se déplacer. Bien vu !

L’effondrement de l’humanité est écrit, annoncé et planifié, mais il n’a jamais été aussi beau à regarder !

Extrait de la BD Carbone et Silicium de Mathieu Bablet

Mathieu Bablet – Shangri-La

Couverture de la BD Shangri-La de Mathieu Bablet

Evaluation 7/10 pour Le Bouquin de Firmin

Avec Shangri-La, Mathieu Bablet propose un roman graphique SF ambitieux, 220 pages où on en prend plein les yeux et où notre société de consommation (actuelle) est disséquée, malmenée. Graphiquement, si les personnages sont assez « laids » et demandent un certain temps d’adaptation, le travail de chaque case est assez hallucinant, une foison de détails, de lignes, qui ne sont pourtant pas indigestes du fait que les planches ont souvent une uniformité de couleur (ocre, bleu, etc.) qui aplatit le tout (peut-être un peu trop d’ailleurs). Le propos SF est plutôt crédible, il est en tout cas bien étudié et travaillé pour que l’immersion soit tout à fait réaliste.

Extrait de la BD Shangri-La de Mathieu BabletShangri-La possède quand même 2 défauts majeurs qui empêchent clairement de crier au génie. Le premier est le manque de subtilité de la critique de la société de consommation… Les murs de la station spatiale sont couverts d’inscription « TRAVAILLER – DORMIR – TRAVAILLER » ou « ACHETER AIMER JETER ACHETER », le nouvel « Iphone 12s » (pardon, le Tianzhu-phone 7s) est obsolète avant sa parution, etc. Or, dans le synopsis-même de Shangri-La, on peut y lire qu’il s’agit d’une « société parfaite » et cela se confirme dans le vécu transmis des habitants, toute cette réalité un peu grotesque est bien vécue par tout un chacun (ou presque). Pour autant, si cela s’était limité à des inscriptions en background, quelques petites subtilités en bord de case, ça aurait pu faire le job, mais il a fallu que les personnages soient en plus bavards à propos de ça, une avalanche de dialogues, de descriptions de choses qui sont souvent déjà montrées par le graphisme.

Le deuxième défaut tient dans son « héros » principal, un personnage que j’ai pour ma part mis 50 pages à réellement identifier et nommer (Scott) et qui est, pendant une grosse partie du livre, un « mouton » convaincu par le système. Sa loyauté n’a pas beaucoup de sens, son revirement non plus, mais globalement son caractère n’est pas intéressant du tout. On est au-delà du anti-héros ici (un concept qui marche généralement bien), on est plutôt dans le personnage inintéressant dont le profil n’est pas du tout suffisamment étoffé pour qu’on s’y attache. Les autres personnages sont à l’avenant, plutôt ennuyeux.

Extrait de la BD Shangri-La de Mathieu BabletPour autant, je trouve qu’il s’agit d’un récit SF tout à fait intéressant dont les défauts pourraient être gommés (spoiler alert sur le prochain article : Mathieu Bablet y est totalement arrivé dans Carbone et Silicium), avec pour preuve les incroyables prologues et épilogues de l’histoire, plus ou moins muets, à couper le souffle dans leur expression graphique et scénaristique. Et même dans la partie centrale consacrée à Scott, il y a plusieurs moments de bravoure, en particulier vers la fin avec entre autres un passage sur les animoïdes bouleversant. Une des bonnes idées de Mathieu Bablet aura d’ailleurs été de cristalliser la problématique de la différence grâce à des animaux génétiquement modifiés pour être les égaux de l’homme. Un poil trop explicite et premier degré, mais c’est une des bonnes trouvailles du bouquin. Le personnage de John, peu bavard ou juste ce qu’il faut, est attachant. 

Timothé Le Boucher – Ces Jours qui disparaissent

Couverture du roman graphique Ces Jours qui disparaissent de Timothé Le BoucherNote de 9/10 Le Bouquin de Firmin

 Je ne suis pas vraiment ressorti indemne de ma lecture du roman graphique Ces Jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher. Pour tout dire, quelques pages avant la fin, j’étais en larme et j’ai dû faire une pause de quelques heures pour me redonner bonne figure. Il faut dire que Timothé Le Boucher touche à certains thèmes qui me touchent particulièrement, comme la notion d’oubli ou celle des sentiments qui traversent le temps.

Le postulat de départ est assez simple, même s’il est résolument fantastique : Lubin Maréchal, héros du bouquin, se réveille un jour sans avoir vécu le jour précédent. En tout cas, il n’en a aucun souvenir et pourtant, une version de lui-même a bien vécu dans son corps la veille. Ces absences vont se répéter de façon cyclique et il ne vivra plus qu’un jour sur deux, pendant que son alter ego se créera donc une vie parallèle : ils devront partager le même corps, mais aussi le même appartement ou les mêmes amis, même si pour ce point, cela coince très rapidement. En effet, les deux Lubin ont un caractère différent voire opposé et la confrontation de leur deux visions de la vie apporte beaucoup à la singularité du roman.

Timothé Le Boucher a cédé à une facilité qui peut être discutable : il a fait de Lubin 1 le centre de son bouquin et ce dernier a une personnalité extrêmement identifiable pour un lecteur de ce type de bande dessinée. En effet, il me semble que ceux qui s’intéresseront à Ces Jours qui disparaissent auront une sensibilité plutôt artistique, une tendance à se reconnaître facilement dans le Lubin 1, pendant que le Lubin 2, plus froid, pragmatique et entrepreneur, apparaît comme un ennemi naturel à propos duquel le lecteur lui-même fera un rejet. Par conséquent, l’évolution du roman qui, spoiler, tend à faire progressivement disparaître la personnalité du Lubin 1, amène à un bouleversement émotionnel progressif du lecteur. Ça me semble être un peu une facilité… et en même temps, c’est aussi la grande puissance du roman. Attention que cela vire un petit peu à la caricature, même si c’est assez accessoire dans l’intrigue : Lubin 1 est par moment traité comme un assisté complet pendant que Lubin 2 se développe tel un nouveau Steve Jobs, mouais.

Couverture alternative du roman graphique Ces Jours qui disparaissent de Timothé Le BoucherJ’ai aimé la façon dont est traitée la révélation fantastique du début de livre : plutôt que de directement en faire un fait grave et médical, les 2 Lubin vont assez vite accepter la cohabitation. Ce n’est peut-être pas très réaliste, mais ça permet de se concentrer sur des éléments beaucoup plus intéressants.

J’ai aimé le traitement des personnages secondaires qui ont chacun leur façon d’appréhender les événements. Chaque personnage a ses particularités et est, pourtant très rapidement, bien esquissé. Accessoirement, j’ai aimé aussi le fait que des relations homosexuelles, de longs célibats ou des trouples (voire même des femmes à barbe) soient présentes dans le background des personnages secondaires sans que ça ne soit pointé du doigt dans l’intrigue.

J’ai aimé la confrontation inédite (puisque fantastique) de 2 personnalités dans un même corps. Comment partager son corps avec quelqu’un qui n’a pas le même régime alimentaire que soi ? Pas la même hygiène de vie ? Pas le même métier ? In fine, le postulat fantastique n’est ici qu’un prétexte pour mettre en image une métaphore de nos propres personnalités, qui peuvent être doubles, tiraillées entre un comportement (stable, raisonné) et un autre (joueur, artiste). Le fait que Timothé Le Boucher n’a jamais cherché à montrer réellement le point de vue de Lubin 2 est également une bonne idée scénaristique, surtout que plutôt que de me faire embrasser complètement le vision de Lubin 1, cela m’a plutôt poussé à avoir par défaut de la sympathie pour le Lubin 2, qu’on ne connaît pas, mais qui a certainement de bons arguments à développer. Les développer réellement aurait peut-être un peu cassé le mythe.

Et j’ai évidemment aimé les multiples rebondissements de cette histoire passionnante, son évolution dans le temps, que ce soit la relation avec Tamara ou la relation avec son double, par exemple.

J’ai difficile à trouver davantage de mots pour vous présenter ce bouquin : je pense que Ces Jours qui disparaissent est un livre qui se ressent avant tout, 190 pages que l’on consomme avec avidité, cela se lit vite, et l’on en ressort sur les genoux.

George R.R.Martin – Les Rois des sables

Couverture du recueil de nouvelles Les Rois des sables de George R.R.MartinEvaluation 7/10 pour Le Bouquin de Firmin
Dans les années 70, George R.R.Martin a la trentaine et commence à obtenir une petite reconnaissance dans le milieu de la littérature de science-fiction avec ses nouvelles « Chanson pour Lya » ou « Les Rois des sables » . Un succès relatif qui lui permet tout de même de vivre de ce métier et d’obtenir des commandes de scénario pour la télévision. En 2007 et suite au carton de sa saga « Le Trône de fer » , une partie des premières nouvelles de George R.R.Martin est rééditée sous la forme d’un recueil de 7 récits intitulé « Les Rois des sables » , du nom de sa nouvelle la plus emblématique. Cette dernière a d’ailleurs été adaptée à la télévision sous forme de deux épisodes de la série Au-delà du réel : L’aventure continue.

Qui dit « nouvelle » dit « récit court », bien loin de l’univers ultra-détaillé en 7 volumes de plus de 1000 pages du Trône de Fer. Qui dit « science-fiction » dit « rien à voir avec la fantasy, la magie ou l’époque moyenâgeuse de sa saga emblématique ». Bref, si, évidemment, le grand public se penche sur ces nouvelles après avoir lu (ou vu) Game Of Thrones, il ne faut pas s’attendre à y retrouver une quelconque trace de cet univers. Alors, que vaut George R.R.Martin en écrivain de science-fiction ?

Eh bien ça se passe plutôt bien ! Dès la première nouvelle, Par la croix et le dragon, on est surpris de se retrouver dans la tête d’un religieux, un inquisiteur qui défend la cause de Jésus Christ, notre seigneur, contre l’hérétique Judas Iscariote. Pendant quelques minutes, on se demande où est la science-fiction dans ce récit, jusqu’à ce qu’une description de l’Archevèque commandeur (avec ses 4 bras et ses 200ans) ainsi que de la « véritable » histoire de Judas (et ses dragons vengeurs) nous rassure pleinement. Quelques pages plus loin se finit déjà la nouvelle, qui aura eu le temps de nous immerger dans un monde complexe rempli de voyages spatiaux et de créatures sur-douées aux pouvoirs psioniques. Mais plutôt que de nous perdre, George R.R.Martin nous tient par le message assez simple qui sous-tend la nouvelle : la Foi, la religion et le mensonge qui en découle.

Vient ensuite Aprevères, dans un monde déjà plus familier à l’univers du Trône de Fer, ses grandes forêts enneigées et son époque moyenâgeuse. Shawn en est le personnage principal, la mort rôde… Mais, à l’instar du monde de Thorgal, l’enfant des étoiles, la science-fiction nous rattrape rapidement : un vaisseau spatial gît au milieu des étendues gelées. Son occupant entraîne Shawn dans des mondes insoupçonnés et l’envoûte par sa technologie et son expérience. Aprevères est une très jolie histoire sur le temps qui passe, la solitude et la « magie ».

Avec Dans la maison du ver, on entre directement dans le plat de résistance de ce recueil. Le début du récit, avec ce soleil mourant, ce fanatisme peu ragoûtant autour d’un Ver Blanc et cette société enfermée, ignorante de son passé et de son avenir, n’est pas sans rappeler l’ambiance du dernier Mad Max. Mais rapidement, le récit se concentre sur un personnage, Annelyn, un anti-héros prétentieux peu attirant qui s’enfonce dans les profondeurs de la terre. L’histoire peut alors prendre toute son ampleur dramatique. On a peur, on s’interroge, on découvre, on se blesse, on n’y voit plus rien, on n’y comprend plus rien, tout comme le héros. On se rend compte que cet étrange endroit a un passé complexe et que les perspectives de cette histoire sont assez énormes… qu’importe, le format « nouvelle » nous laissera sur notre faim, on le sait et on profite donc de l’observation de cet Annelyn et de cette expérience qui va lui changer la vie.

Le soufflé retombe par après avec Vifs-Amis, une nouvelle qui présente une histoire d’amour impossible à laquelle on a un peu de mal à accrocher, puisque les protagonistes eux-même n’y croient déjà plus beaucoup… Je noterai quand même que la présence d’un ange (dont vous découvrirez les fonctions à la lecture) tout le long du récit est une bonne trouvaille, le troisième larron étonnant dans cette idylle mourante.

La nouvelle La Cité de pierre était quant à elle plutôt prometteuse. Elle se situe dans un univers assez classique de la science-fiction avec ses milliers de mondes peuplés d’extra-terrestres plus surprenants les uns que les autres. A l’instar d’un monde asimovien, la Terre n’est plus qu’un mythe et le héros du récit ne veut qu’une chose : aller au-delà des limites connues. L’ambition de cette nouvelle était peut-être trop grande : la solution finale ressemble plutôt à une pirouette du genre « et soudain, la sonnerie du réveil retentit » qu’à une conclusion valable de cette aventure.

Concernant La Dame des étoiles, je retiendrai surtout le thème principal évoqué sans pudeur (la prostitution) ainsi que le vocabulaire inventé pour donner un aspect exotique mais terriblement proche à cette histoire. Astrer, rouager ou dévider, des verbes qui deviennent familiers au fil des pages et que l’on quitte avec une pointe de frustration, à défaut d’avoir ce sentiment pour les personnages principaux assez peu développés.

Vient ensuite la nouvelle finale, Les Rois des sables. Simon Kress, un homme d’affaire riche mais un peu douteux, a une passion originale : il achète des animaux exotiques et s’amuse à les observer (généralement se battre voire s’entredévorer). Ce passe-temps l’entraîne à acheter les Rois des sables, sorte de fourmis géantes extraterrestres un peu plus intelligentes qu’il n’y paraît… et c’est là que les choses se corsent pour Simon. L’histoire est cousue de fil rouge (pour le sang versé tout au long du récit), à quelques détails près, mais la narration est efficace et nous laisse peu de répit.

En conclusion, ce recueil était plutôt sympathique et, s’il n’est pas révolutionnaire, il présente certains aspects du style qui feront de George R.R.Martin la star que l’on connaît aujourd’hui. Des héros peu attachants voire antipathiques (Annelyn, Simon Kress, Brand, Hal le Poilu) et un univers très vaste et recherché évoqué (même si la nouvelle ne fait qu’une trentaine de pages). Pas trop de magie ou de créatures légendaires par contre (science-fiction oblige), tout comme il n’y a d’ailleurs pas énormément de mort tragique et cruelle… Un petit penchant que George R.R.Martin aura donc développé tardivement !

Le format très court lui va plutôt bien en tout cas : les personnages sont installés de façon efficace et le sujet de chaque nouvelle est simple mais bien traité. On se doute que George, qui est loin d’en avoir fini avec sa saga du Trône de Fer et qui croule sous la pression des lecteurs pour avoir une suite, n’a pas trop l’occasion de se relancer dans la science-fiction de ses débuts. Mais s’il y revient, je serai là pour le suivre !

Gillian Flynn – Les Apparences (Gone Girl)

Couverture du roman Les Apparences de Gillian Flynn, Gone Girl en version originaleNote de 8/10 Le Bouquin de Firmin
Les Apparences, 3ème livre de la romancière américaine Gillian Flynn, est avant tout le récit de la relation entre Nick Dunne et son épouse Amy, de leur rencontre à leurs noces de bois (5 ans de mariage), ce moment où leur vie à tous les deux a apparemment basculé avec la disparition inexplicable d’Amy. Impossible de ne pas se reconnaître dans les émerveillements mais aussi les déboires de ce jeune couple, dont chaque interaction est finement retranscrite par Gillian Flynn, que ce soit du point de vue masculin de Nick que du point de vue féminin d’Amy.

Les Apparences est également un livre qui parle du traitement des médias et de l’impact qu’ils peuvent avoir sur une enquête policière apparemment classique. Bon, il faut probablement être un peu américain pour bien saisir le jeu des médias sur cette affaire, du discours télévisé des premières heures post-disparition à l’interview-vérité avec une sorte d’Oprah Winfrey du crime en passant par les comités de soutien qui sentent bon les cheesecakes ou les campements de journalistes sur la pelouse de la propriété des Dunne. Néanmoins, ce sont ces médias qui poussent les différents intervenants de ce récit à mentir ou à finalement se dévoiler et l’analyse de notre société qui y est liée est plutôt intéressante. En 2015, Gillian Flynn aurait probablement mis davantage l’accent sur les réseaux sociaux.

Mais vous connaissez probablement déjà ce roman puisqu’il a été adapté avec succès (critique et commercial) par David Fincher dans le film Gone Girl avec Ben Affleck et Rosamund Pike. Vous savez donc que c’est plutôt un thriller et que le cœur de l’intrigue est la disparition d’Amy, son probable meurtre par son mari et l’enquête policière qui en découle. Pourtant, c’est vraiment le côté « décryptage du couple » et « traitement des médias » qui m’a le plus interpelé par sa justesse, sa complexité et son réalisme. Et ce, même si… eh bien comme l’indique le titre français du bouquin : tout n’est peut-être qu’apparence. Et si le gentil mari n’était au final qu’un assassin psychopathe ? Et si le mari pas si gentil n’était au final que très maladroit ? Et si le mari n’était quand même finalement pas si innocent que ça ? Remplacez « mari » par « épouse » dans les phrases précédentes et vous aurez un aperçu très sommaire de ce que peut cacher ce livre aux apparences véritablement trompeuses. Mais même si le mari ou l’épouse ne sont pas aussi « modèles » que leur CV pouvait le laisser présager, leur sincérité dans leurs mensonge reste une analyse d’un couple auquel on peut s’identifier sur bien des aspects !

Plus on avance dans le bouquin et plus on doute de la réalité de ce qu’on est en train de lire et c’est là qu’excelle Gillian Flynn : jusqu’à la toute fin du livre, on est balloté de droite à gauche dans un manège d’une perversion si délicieuse qu’on en redemanderait presque !

Le Trône de Fer : les manuscrits des volumes 6 et 7 fuitent sur 4chan ! [SPOILERS]

Couvertures des volumes 6 et 7 de la saga du Trône de ferPoisson d’avril, bien sûr ! Il était gros, mais il m’a permis d’exprimer ma frustration, le fait de devoir attendre probablement 2025 pour avoir le fin mot de cette histoire…. BRRR ! Mais la phrase « Kill them all » a un petit parfum prémonitoire quand même !

L’histoire n’est pas sans rappeler le Fapenning de 2014, sauf qu’ici, il ne s’agit pas du leak de photos dénudées des actrices de la série « Game of Thrones », la série elle-même s’en étant déjà chargée. Non ici, l’événement est plus d’ordre littéraire et la nouvelle va évidemment faire grand bruit : les fans de la saga du Trône de fer peuvent dès maintenant parcourir les manuscrits originaux sous format epub des volumes 6 et 7 de la saga du Trône de fer, suite à leur fuite sur les serveurs du forum américain 4chan ! Évidemment, il s’agit des versions anglaises, celles de The Winds of Winter et A Dream of Spring et donc oui, vous l’aurez compris : avec ces deux tomes, la saga est donc bel et bien terminée ! La surprise est donc de taille puisqu’une date de parution du sixième volume n’avait même pas été avancée par George RR Martin, les fans s’attendaient au mieux à une sortie dans l’année 2016. En mettant 5 à 6 années d’écriture entre ses derniers tomes, Martin avait habitué ses lecteurs à la patience, mais la fuite de ces livres (en version finalisée, il n’y a pas de doute là-dessus) remet donc en question toutes ses affirmations.

La réaction de George RR Martin suite aux leaks

Fausse déclaration de George RR Martin concernant la fuite de ses manuscrits

Directement interrogé par divers médias, George RR Martin a tout de suite réagi : « Les manuscrits sont bien authentiques, je ne sais pas comment ils ont pu se retrouver sur la toile. Je les conserve sur une disquette que je cache dans mon frigo, disquette par ailleurs protégée par un mot de passe introuvable (NDLR : le mot de passe a été rendu public, il s’agit de « KillThemAll »). Enfin bref, oui, cela fait longtemps que j’ai fini l’écriture de ces 2 volumes. La torture est devenue une de mes passions. L’appliquer à mes lecteurs en prétendant ne pas avoir fini mes livres a été particulièrement jouissif !« 

La fin de la saga du Trône de fer vous réserve quelques surprises [SPOILERS] !

Déclaration de George RR Martin concernant sa saga du Trône de fer : Kill them all !

Qui dit fuite des manuscrits dit donc que dorénavant, la fin de la saga du Trône de fer est connue. Et quelle fin ! George RR Martin s’est également exprimé concernant le carnage qui a lieu dans ces 2 derniers volumes : « Oh, ils commençaient sérieusement à me faire chier, tous ces personnages à la con. Je me suis dit « Kill them ALL !!! ». Daenerys s’obstinant à vouloir rester près de Meereen, je l’ai faite bouffer par son dragon, dans une scène que je détaille pendant une dizaine de pages. Brandon Stark voulait absolument apprendre à voler, alors HOP, j’ai les ai jetés, Hodor et lui, du haut du Mur. Je m’étais amusé à amener un nouveau personnage à la fin de « A Dance with Dragons », Aegar, pour faire croire que la donne pourrait changer concernant le Trône de Fer, mais je me suis dit qu’une épidémie de dysenterie rajouterait un parfum inédit dans la saga. Bon, je ne vais pas vous dévoiler comment j’ai tué tout le monde, ni de quel nouveau membre j’ai estropié mon copain Schlingue, mais je suis particulièrement fier de ma scène de fin, lors du mariage entre Tyrion et son frère Jaime. Oui, ils finissent ensemble ces 2-là, ils voulaient rester « en famille » et comme je venais de tuer Cersei et Tommen dans les pages précédentes… Bref, quand Brienne hurle « JAIME JE T’AIME » en les décapitant tous les deux, je me suis dit que les mariages sanglants, c’était quand même le pied !« 

Wow, je ne sais pas si nous étions vraiment prêts pour de telles révélations… Quoi qu’il en soit, alors que dernièrement les réalisateurs de la série télévisée avaient annoncé qu’ils allaient désormais spoiler les livres, le problème ne se pose plus : les lecteurs ont donc toujours une longueur d’avance et pourront continuer à gâcher la vie de millions de spectateurs en leur révélant tous les détails de la saga avant qu’ils ne puissent visionner leurs épisodes. De toute façon, on savait qu’aucun personnage n’était à l’abri d’une mort violente et nous en avons maintenant la triste confirmation.

J.R.R. Tolkien – Le Hobbit (traduction par Daniel Lauzon en 2012)

Couverture de la nouvelle version de Le Hobbit de J.R.R. Tolkien, traduit par Daniel LauzonEvaluation 7/10 pour Le Bouquin de Firmin

Quelle curieuse expérience de relire en 2015 les aventures de Bilbo Bessac, un hobbit de La Colline, rendant une visite de courtoisie à Smaug Le Dragon en passant par Fendeval, la forêt de Grand’Peur et le Bourg-du-Lac ! Depuis la publication en 1937 du Hobbit de J.R.R. Tolkien, Peter Jackson est passé par là, popularisant davantage (s’il était encore possible) les aventures de Bilbon Sacquet de La Comté, pourfendant dragons, orcs et gobelins en passant par Fondcombe, la Forêt Noire et Lacville ! Ces petites surprises dans la traduction française ne sont pas du fait de Peter Jackson : ce dernier s’est calqué sur la traduction officielle de de Francis Ledoux datant de 1969. Depuis 2012 pourtant, c’est bien la nouvelle traduction de Daniel Lauzon que vous trouverez en librairie avec donc comme personnage principal un Bilbo Bessac fraîchement renommé. Si cette nouvelle traduction peut paraître surprenante, elle est globalement encensée par les puristes, étant jugée plus proche de la version anglaise originale.

Lire Le Hobbit en 2015, outre la nouvelle traduction, c’est donc redécouvrir les aventures extraordinaires de ce sympathique bout d’homme qui s’en va défier un dragon en compagnie de 13 nains et d’un magicien, sans l’aide de Tauriel, de Legolas ou de Galadriel, sans même les pitreries d’Alfrid et surtout sans être impitoyablement poursuivi par Azog le Profanateur ou Sauron le Nécromancien. Peter Jackson a largement étoffé le récit original de personnages secondaires (qui en viennent à voler la vedette à Bilbo lui-même) et d’intrigues parallèles souvent à peine évoquées dans le livre. Est-ce un bien ou un mal ? Là n’est pas le but de cet article. Par contre, cela renforce le côté enfantin du bouquin de J.R.R. Tolkien.

Le Hobbit a été écrit par l’écrivain britannique afin qu’il serve de livre de chevet pour ses jeunes enfants et est par conséquent un livre très éloigné de la rigueur, de la complexité et de la finesse de son successeur : Le Seigneur des Anneaux. Bilbo s’en va donc cambrioler une montagne au nez et à la barbe d’un dragon, accompagné d’assez joyeux drilles finalement : une bande de nains chanteurs qui va croiser la route d’elfes tout aussi fredonnants… même les vilains gobelins et les trolls très moches voudront découper en rondelles toute la troupe en poussant la chansonnette ! Tolkien s’adresse vraiment à ses lecteurs comme à ses enfants, rythmant donc son récit de chants et d’énigmes et en ne s’éternisant pas sur les scènes trop violentes. Une grande bataille peut par exemple se résumer en quelques phrases, annoncées par un apaisant « Vous vous en doutez, Bilbo s’en est très bien sorti, voici comment… ».

Ce qui est fascinant dans le monde inventé par Tolkien, c’est sa complexité, le fait d’avoir poussé le détail de chaque lignée, de chaque contrée… Chaque événement se positionne dans un contexte fouillé, il a poussé le vice jusqu’à imaginer avec précision la genèse du monde (Le Silmarillion) pendant qu’il inventait (de façon complète) diverses langues elfiques. La simplicité enfantine du Hobbit décontenance donc un peu, mais ce livre reste un jalon incontournable qui esquisse les contours d’un univers mythique et contenant d’ailleurs un élément fondamental : la rencontre avec Gollum et son trésor (pas question de « précieux » dans cette traduction), l’Anneau Unique.

[Complément d’enquête du 26/02/2015]

Bannière de présentation du livre Lire J.R.R. Tolkien par Vincent Ferré

Pour ceux qui veulent approfondir cette histoire de nouvelle traduction, je vous invite à lire cette interview très intéressante de Vincent Ferré pour Télérama. L’article fait référence à la nouvelle traduction du Seigneur des Anneaux, dont le premier tome est paru en 2014, signée également (et logiquement) par Daniel Lauzon. Vincent Ferré y explique le but de cette nouvelle traduction, sa nécessité et ses particularités. On y apprend en détail l’explication du changement « Forêt Noire » en « Forêt de Grand’Peur » , mais aussi l’existence d’un « Guide des noms du Seigneur des Anneaux » , que ne connaissait manifestement pas le premier traducteur Francis Ledoux. J.R.R. Tolkien, en linguiste expérimenté, avait effectivement tout prévu, jusqu’à la traduction des noms et des lieux présents dans son oeuvre dans les différentes langues. Sans imposer une traduction précise (preuve s’il en est de son intelligence), Tolkien propose aux futurs traducteurs des pistes pour adapter au mieux ses livres.

Les nouvelles traductions sont clairement positives : plus respectueuses de l’oeuvre de Tolkien, elles prennent en compte tous les éléments disponibles depuis 1969 (grâce notamment au travail du fils de Tolkien) tout en corrigeant les quelques coquilles et incohérences de Francis Ledoux (le « departure » d’Elrond ou l’incursion d’éléments de notre monde (« file indienne ») par exemple). Daniel Lauzon a particulièrement excellé dans la nouvelle traduction des poèmes et chants, plus proches de l’harmonie des originaux : une très bonne chose lorsqu’on se remet en tête que J.R.R. Tolkien était avant tout un poète !

E. L. James – La trilogie Cinquante nuances de Grey

Couverture du roman Cinquante Nuances de Grey de E.L. JamesEvaluation 4/10 pour Le Bouquin de Firmin

Pas besoin de vous présenter longuement la trilogie best-seller de E.L. James « Cinquante nuances de Grey » je pense. En gros, une jeune adulte un peu godiche va interviewer un jeune magnat des affaires charismatique et une attirance physique va s’installer entre ces 2 personnes qu’a priori tout oppose. Il se trouve que le garçon est un adepte du sadisme, tandis que la fille, eh bien… elle est surtout une adepte de l’Amour.

Le début est franchement bien foutu, ça fait « roman adolescent », mais ça se lit bien. Et ce même s’il faut attendre des plombes pour voir enfin la dimension « érotique » du roman. Malheureusement, si l’écriture érotique fonctionne (comme quoi, le pouvoir des mots !), on tourne très vite en rond. « Oh mon dieu, son érection me remplit toute entière, je m’agrippe à ses cheveux (puisque je ne peux pas toucher son torse) et j’explose » : on répète ça (plus ou moins au mot près) toutes les 5 pages pendant 2 bouquins et demi et on a fini la trilogie. Un peu de suspense et un léger attachement aux personnages m’ont fait tenir les 1800 pages, mais j’ai franchement l’impression d’avoir perdu mon temps.

Avec Cinquante nuances de Grey, E.L. James est censée, d’après la presse, nous proposer un livre érotique sur le sado-masochisme. Si ça avait été le cas, les 1800 pages auraient peut-être été plus intéressantes… Au final, Mlle Anastasia Steele nous privera de cette découverte, car en fait, c’est pas trop son truc.  A la place, on en apprend un peu plus sur « ce que pense une (la ?) femme », et je dois avouer que ce n’est pas forcément rassurant… « Je t’aime plus que tout tu es mon âme-soeur, pourquoi doutes-tu de notre amour éternel ? » … « Hey, mais tu me pinces ?! Ne nous voyons plus jamais, on ne pourra jamais s’épanouir ensemble » . Le titre, 50 nuances de Grey, évoque les 50 ombres et personnalités de Christian Grey, qui consulte d’ailleurs souvent un psy tellement il a un passé torturé… Dommage qu’au final, on se retrouve plutôt immergé pendant des heures dans les 50 humeurs d’Anastasia Steele !

Le premier film sort dans quelques jours pour la Saint-Valentin 2015 et des rumeurs courent comme quoi le film sera peut-être interdit aux moins de 18 ans, mais que la plupart des scènes de sexe du livre seront largement édulcorées voire supprimées. 50 nuances de Grey en version soft ? On perdrait ainsi l’unique intérêt du livre, bravo ! En attendant, la bande originale du film est quant à elle pour le moment plutôt sympathique, mais je laisse Gaston vous en parler, il en parle beaucoup mieux que moi !

Antonio Garrido – Le Lecteur de cadavres

Couverture du livre Le Lecteur de cadavres d'Antonio GarridoEvaluation 8 sur 10
Je dois avouer que je n’étais pas très emballé à l’idée de suivre les tribulations du premier médecin légiste de l’Histoire dans la Chine impériale du XIIIème siècle. Le sujet avait du potentiel vu qu’un médecin légiste est amené à résoudre des affaires sordides susceptibles d’émoustiller mon attraction naturelle pour le sang humain (rires). Néanmoins, l’Asie en l’an 1206, je ne maîtrise pas du tout : les Chinois ont une façon de parler, de se nommer, de compter leurs jours, leurs heures et ont des rites qui me sont totalement étrangers. Pourtant, Le Lecteur de cadavres d’Antonio Garrido m’a cueilli, de la première à la 616ème page.

L’intelligence d’Antonio Garrido a été d’écrire ici un roman inspiré d’un personnage réel en occidentalisant juste ce qu’il faut son récit pour qu’il soit agréable à lire par le néophyte que j’ai décrit ici plus haut. L’histoire commence par un meurtre, et ça semble logique vu le thème, mais ce n’est qu’un point de départ comme un autre pour débuter le récit des aventures rocambolesques d’un petit fils de paysan chinois : Song Ci. Il va tomber sur le dos de ce gars des tuiles énormes et, en Chine du XIIIème siècle, le moindre vol ou la moindre agression peut te coûter la main ou la tête, c’est dire s’il va vite se retrouver dans de sales draps et sans ressources, car la criminalité elle n’est pas du tout absente pour autant.

Antonio  Garrido n’est pas tombé dans le travers du reportage historique, mais s’est suffisamment documenté pour pimenter son récit et le rendre réaliste. Le malaise s’installe directement lorsque l’écrivain espagnol entame la description d’un fleuve (où l’eau n’est plus visible sous les détritus) ou des rues de la capitale. La frustration se joint également à la fête lorsqu’on examine le système judiciaire ou médical de l’époque ou lorsqu’on observe certains rites surprenants (cette obligation qu’ont les familles d’abandonner pendant 6 mois leur emploi lorsqu’un deuil les affecte… alors que les assassinats et décès « naturels » sont plus que monnaie courante en ces temps-là).

Si Song Ci deviendra effectivement un médecin légiste respecté et auteur d’ouvrages fondamentaux dans ce domaine, l’histoire se concentre avant tout sur l’être humain (fictif) qu’il aurait pu être et sur sa période pré-renommée. « Lecteur de cadavres » est un job qu’il n’a pas forcément choisi, qu’il pratique de façon pas forcément recommandable afin de se sortir de l’immense tas de merde dans lequel il est tombé. Son intelligence et sa chance seules lui permettront dans la deuxième partie du livre de côtoyer un milieu aisé et jusqu’à l’empereur lui-même. Ce roman n’est pas franchement « policier » pendant de nombreuses pages, et c’est pourtant là que se situe l’histoire la plus palpitante.

Lorsque le sort s’acharne un peu moins sur sa pauvre tête, le récit évolue donc vers une enquête plus classique riche en rebondissements, certains attendus d’autres moins. Une chose est sûre : la personnalité de Song Ci est particulièrement attachante, ce côté malchanceux contre-balancé par sa volonté farouche. Le vrai Song Ci était probablement moins charismatique, mais on s’en fiche : Antonio Garrido l’a fait revivre ici d’une très belle manière.

James Dashner – Le Remède mortel (L’Epreuve Tome 3)

Couverture de Le Remède Mortel, tome 3 de la trilogie L'Epreuve de James DashnerEvaluation 4/10 pour Le Bouquin de Firmin
Ah merde, c’est con : amère déception concernant le tome 3 de la trilogie L’Epreuve de James Dashner. Après Le Labyrinthe (bon), La Terre brûlée (moins bon), James Dashner finit son cycle sur un livre pas fameux : Le Remède mortel. Les problèmes soulevés à la fin du tome précédent se reportent au centuple dans ce bouquin puisqu’à un moment donné, Thomas et ses amis se retrouvent plutôt affranchis du contrôle du WICKED. Si le manque d’info et les situations de sauvetage in extremis pouvaient encore passer dans les premiers livres (le lecteur étant tout autant manipulé que les protagonistes de l’histoire), ça devient un réel problème quand les adolescents prennent leur propres décisions. On en apprend un peu sur ce monde dévasté et les péripéties restent surprenantes, mais la machine se grippe, ça manque de fond et de cohérence.

Un doute subsiste et on espère secrètement que le WICKED est encore derrière tout ça. On attend des réponses pour l’épreuve Newt, pour l’ambiguité du binôme Teresa/Brenda, pour l’utilité de Gally ou pour les motivations du Bras Droit. Le WICKED devient bête et méchant, les savants fous le deviennent vraiment. Le système s’écroule au propre comme au figuré et le lecteur assiste à cette débâcle le front plissé. James Dashner ne fournira pas de réponse, se contentant de tuer quelques personnages pour pouvoir solutionner les questions soulevées plus haut.

L’intrigue se débloque littéralement en 2 pages, à la toute fin. L’ambiance « tout est bien qui finit bien » est peu réaliste et Bernard Werber pourrait donner un cours à James Dashner sur l’évolution peu encourageante des civilisations quand elles sont arrivées à ce stade de développement. Néanmoins, le dénouement se tient : on pouvait d’ailleurs le deviner dès que le mot « Imune » a déboulé dans le récit. Un bon point pour Dashner finalement, j’ai craint qu’il ne se perde dans des solutions encore plus louches.

Retrouvez la critique du tome 2 La Terre brûlée en cliquant ICI.

Retrouvez la critique du tome 1 Le Labyrinthe en cliquant ICI.

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